Mardi , 29 juillet 2014
[Critique] Blood Ties

[Critique] Blood Ties

« Bonsoir Mesdames et … Mesdemoiselles ! » Guillaume Canet ne s’y est pas trompé. Environ 23 messieurs dans l’estrade, sur les 250 de la salle.  Pour beaucoup, des sciences politiciennes au regard déjà conquis, pour la sortie de son nouveau « Blood Ties ». Le film transpose « Le Dernier Souffle » dans le Brooklyn des années 70, avec casting aux petits oignons, dans l’idée d’en faire un film fiévreux à la Scorsese, à la gloire de la drogue et des mitraillettes. clive

La violence des premières scènes est un trompe-l’œil. « Blood Ties » n’est pas réellement un film d’action à l’ancienne. Derrière la caméra parfois fébrile du réalisateur français, des liens tragiques se tissent entre les personnages. La relation complexe qui tiraille les deux frères sent le roussi mais est traitée avec maestra. Mais beaucoup d’autres personnages se bousculent dans cette tragédie familiale.

Canet a vu les choses en grand, mais s’affuble d’un poids avec ce casting interminable. Un peu comme le PSG à ses débuts, le réalisateur français disposait d’une grosse enveloppe pour le mercato et n’a pas eu que des bonnes idées.

kdididLes éclairs jetés par les regards de Zoe Saldana sont une merveille.zoe Certains seconds couteaux comme le patron du Ruby’s Club ou Matthias Schoenaerts sentent bon le sang et le tabac froid. Une touche mafieuse bienvenue. Clive Owen a laissé tomber les pubs Lancôme et gagne une autre dimension, tout en charisme pervers et sourires pincés.

Mais les automatismes peinent à s’installer avec le reste des personnages. Billy Crudup absorbe tout et n’instille pas d’émotions. Marion Cotillard ressemble à une poupée Tommy psychopathe, déréglée au tournevis, qui déraille en changeant de langue toutes les cinq minutes. Pourtant, le film dégage une vraie mélancolie, grâce à des plans aux grains variés et une BO rock délicieusement 70’s concoctée par Yodelice. bloocotillon 3

Au vu de chaque polémique qui accompagne la sortie des films de Canet ou des grands rôles de Marion Cotillard, on entend déjà les critiques gronder. Le grand problème d’un cinéma français qui fustige systématiquement ses tentatives de passer à la vitesse supérieure.

Car malgré quelques petites touches too much, Canet réussit sa fresque. Le jeu du chat et de la souris des deux frères reste toujours haletant. Certes, Canet fait parfois du gnangnan. Oui, Canet pince sans cesse la corde de la sensibilité. Il peut énerver en jouant toujours la carte du lien indestructible entre deux frérots. Mais mieux, on se demande si cette sincérité maladroite n’est pas voulue. Ces personnages, qui se déchirent et s’engluent dans la fatalité des lois de la famille, on les a vu mille fois dans les autres films scénarisés par James Gray. Un cachet, une authenticité donc, qui se veut fidèle à sa partition.

Le final tend à nous encourager dans ce sens. On retrouve la fièvre et l’émotion des dénouements dans la veine de « Mesrine » ou « L’Impasse ». On est presque triste de laisser sur le quai, cette galerie de personnages envoûtants, sans vraiment savoir comment on aurait pu les sauver.

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sang

Bosco

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